Vers le bien-être animal : tour d’horizon des leviers en élevage porcin.

Poussé par les évolutions de la réglementation, le modèle de l’élevage porcin tel que nous le connaissons est en pleine mutation. Le bien-être animal est désormais au cœur des préoccupations de la filière. Charge à chacun de voir ces changements comme une opportunité du mieux produire et non, comme une association de contraintes coûteuses.

À titre d’illustration : dans une démarche de bien-être animal, l’UE a voté en 2001 l’obligation de laisser évoluer les truies gestantes en groupe à partir de la quatrième semaine de gestation jusqu’aux sept jours précédant la mise bas. Malgré les inquiétudes de certains, donner plus d’espace aux truies gestantes et les mettre en groupe ont permis l’augmentation de la prolificité sans diminution de la fertilité. Ce qui a entraîné une réduction du coût de production par porcelet sevré. Un exemple parmi d’autres qui confirme le lien entre bien-être animal et performance.

Le bien-être des porcs aux différentes étapes de l’élevage n’est pas le résultat du maniement d’un unique levier mais plutôt, de l’équilibre de différents facteurs. Il est important de comprendre les besoins naturels des porcs pour pouvoir adapter les méthodes d’élevage et il est indispensable de comprendre que le bien-être dépend de l’harmonisation de multiples facteurs.

Le porc est un être social qui rythme son quotidien entre une zone d’alimentation, de repos, de loisirs et de déjection. Pour son bien-être les éléments liés aux bâtiments sont des leviers clés.

  • Température : Une température adéquate en fonction des besoins des porcs aux différentes étapes de l’élevage est primordiale. Exemple : alors que le porcelet a besoin d’une température avoisinant les 35°C à sa naissance et de 26°C de 10 jours au sevrage, la truie en lactation, quant à elle, atteint ses plus belles performances à 18°C. À cette température, elle consomme 10 % d’aliment de plus qu’à 22°C. À l’inverse, à 30°C, elle réduit sa consommation de 30 %. Si rien n’est fait pour garder la truie dans sa température de confort, on pourra alors observer un instinct maternel affecté, un ralentissement de la croissance des porcelets, l’augmentation des porcelets morts par écrasement, un retour en chaleur plus difficile, etc.

  • Autre aspect de l’ambiance d’un bâtiment : l’oxygène est le premier des nutriments nécessaires aux êtres vivants, un bon apport est donc vital. Un système adapté et une utilisation dynamique de la ventilation permet de répondre aux besoins quotidiens en qualité de l’air, d’uniformité de l’ambiance dans la salle, de réduction des gaz, des poussières ou du développement des virus.

  • Jouets : Toujours dans l’idée de se rapprocher du comportement naturel de l’animal, les études récemment menées montrent que la manipulation de matériaux est une activité essentielle au bien-être des porcs. Ils sont extrêmement curieux et consacrent 75 % de leur journée à des activités comme le fouissement, la recherche de nourriture ou l’exploration. Des jouets spécialisés pour les différentes étapes de l’élevage ont été imaginés pour diminuer leur stress et les rendre plus performants. Exemple : l’utilisation du sac en toile de jute quelques jours avant la mise bas permet à la truie de préparer instinctivement le nid de sa portée à venir. Les utilisateurs constatent très rapidement une baisse du niveau de stress.

  • L'espace : Dans l’objectif de bien-être on peut sûrement anticiper les prochaines évolutions des normes de l’élevage traditionnel. On peut imaginer des espaces de maternité en liberté qui seront à la fois adaptés aux besoins des porcelets et de leur mère. Une truie à l’aise dans son environnement se réappropriait son instinct naturel de mère et ne risquerait pas d’écraser ses porcelets derniers nés. Certains pays du nord de l’Europe les ont déjà adoptées.

  • Une alimentation de précision : Autre levier incontournable : le système d’alimentation, c’est aujourd’hui un élément déterminant concernant le bien-être animal et sa performance. L’alimentation de précision est une technique qui permet de respecter le bien-être animal en lui offrant de la nourriture sous une forme solide comme il aurait pu la trouver à l’état sauvage. Elle permet également une alimentation adaptée à chaque individu et idéalement à un rythme de distribution qui lui permet de gérer sa satiété dans l’objectif de lui permettre d’exprimer sa performance. Un système productif qui permet à l’éleveur de maîtriser les quantités ingérées et donc de maîtriser les rejets dans la nature et évite le gaspillage. Des systèmes gagnants-gagnants.

Trouver l’équilibre entre ces différents facteurs afin de créer la meilleure des combinaisons bien-être/performance est le travail quotidien des éleveurs. Le bien-être de l’éleveur est lui aussi à prendre en compte, un éleveur serein développera surement un lien privilégié avec ses animaux. Tout récemment, l’IFIP a lancé une étude afin de mesurer l’impact de la relation animaux/éleveur dans la course à la performance. Les premières études montrent des divergences dans la façon d’appréhender les tâches du quotidien. Il sera intéressant de suivre son évolution. D’après les premiers résultats de perceptions sociales, l’éleveur est vu par le consommateur final comme le garant du respect bien-être animal en élevage.

L’éleveur est en effet, la clé de voûte d’outils de production performants et respectant le bien-être animal ; et pour le garantir objectivement, on voit émerger différents types d’indicateurs comme : l’attention au comportement de l’animal, sa physiologie, sa production et l’état sanitaire. Des points de vigilance peuvent permettre à l’éleveur de relever des indices quant aux conditions de bien-être de ses animaux. Des structures de recherches viennent, par exemple, de mettre sur le marché un outil d’aide de prise à la décision afin d’aider les éleveurs à intervenir le plus rapidement et le plus efficacement possible auprès des animaux lorsque cela est nécessaire.

Une très récente étude britannique pousse l’étude du bien-être de l’animal en élevage plus loin en proposant d’être à leur écoute pour un élevage de précision. "Les poulets et les porcs, en particulier, sont des animaux très bruyants et leurs cris indiquent s'ils sont stressés, s'ils ressentent des douleurs ou souffrent de maladies", a expliqué Michael Paul Mcloughlin de la Queen Mary University of London, co-auteur de l'étude.  

 

Sources :
- The Royal Society Publishing, 19 juin 2019, Michael P. Mcloughlin, Rebecca Stewart and Alan G. McElligott, « Automated bioacoustics: methods in ecology and conservation and their potential for animal welfare monitoring »
- Pig Progress, 21 juin 2019, Maartje Wilhelm, « 3 Lessons to reduce antimicrobials in pigs »
- Tech Porc, Juillet-Août 2015, N°24, Catherine CALVAR, Chambre d’agriculture de Bretagne, « Influence de la température ambiante chez la truie allaitante ».
- Pig Progress, 13 mai 2019, John Gadd, Expert Pig Management, « 7 pig house ventilation rules and why they matter ».  

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