
Plus de porcelets nés ne signifie pas automatiquement plus de porcelets sevrés.
C’est l’un des constats mis en avant par Thomas Sønderby Bruun, de SEGES Innovation, lors du GESTAL Swine Summit 2025, consacré notamment aux stratégies alimentaires des truies hyperprolifiques. Au fil des années, la taille des portées a fortement progressé.
Dans les données danoises présentées, le nombre total de porcelets nés par portée est passé de moins de 12 en 1992 à plus de 20 en 2024. Pourtant, le nombre de porcelets sevrés a progressé plus lentement. L’enjeu ne consiste donc plus uniquement à rechercher des portées toujours plus grandes, mais à adapter la conduite alimentaire pour accompagner la truie et les porcelets dans la durée.
Des portées plus grandes, mais aussi davantage de contraintes
L’augmentation de la taille des portées entraîne plusieurs conséquences pour la truie et ses porcelets :
• des besoins nutritionnels globaux plus élevés ;
• une quantité de colostrum disponible par porcelet plus faible ;
• une mobilisation plus importante des réserves corporelles de la truie ;
• un recours accru aux truies nourrices ;
• un risque plus élevé de défaillance de la truie au fil des parités.
Autrement dit, augmenter le nombre de porcelets exerce une pression supplémentaire sur la physiologie de la truie et sur la viabilité des porcelets. La stratégie alimentaire prend alors une place centrale.
Nourrir davantage n’est pas toujours la réponse
Les résultats présentés lors du GESTAL Swine Summit remettent en question une idée : augmenter la quantité d’aliment distribuée ne conduit pas systématiquement à de meilleures performances chez les porcelets. Plusieurs études danoises présentées par Thomas Sønderby Bruun montrent notamment que :
• les truies les plus lourdes produisaient des portées plus importantes, mais pas davantage de porcelets sevrés ;
• un niveau de lysine plus élevé pendant la gestation n’améliorait ni le nombre total de porcelets nés ni leur poids à la naissance ;
• une augmentation ciblée de la ration en fin de gestation, ou « bump feeding », augmentait le poids corporel de la truie, sans augmenter le poids des porcelets à la naissance.
Le constat est important : une augmentation de l’alimentation peut favoriser davantage le gain de poids de la truie que la croissance fœtale.
L’objectif n’est donc pas simplement de distribuer plus, mais de mieux ajuster l’alimentation à la situation de chaque animal et à chaque étape du cycle.
La transition avant la mise bas : une période particulièrement stratégique
Les jours qui précèdent la mise bas constituent un moment clé de la conduite alimentaire. Les travaux présentés montrent notamment que les truies ayant mis bas dans les trois heures suivant leur dernier repas présentaient des durées de mise bas plus courtes. D’autres résultats rapportés indiquent qu'une alimentation de 3,7 à 4,0 kg par jour, du 108e jour de gestation jusqu’à la mise bas, était associée à :
• une réduction de la durée de mise bas ;
• une diminution du besoin d’assistance manuelle ;
• un taux de mort-nés plus faible.
Ces résultats mettent en évidence l’importance non seulement de la quantité distribuée, mais également du moment auquel l’alimentation est apportée.
En lactation, préserver aussi l’état corporel de la truie
Avec des portées plus importantes, les besoins augmentent également pendant la lactation. Les résultats présentés montrent que les grandes portées pouvaient augmenter la perte de poids de la truie de 5 à 6 kg. Une alimentation supplémentaire permettait de compenser une partie de cette perte de poids, mais n’améliorait pas significativement le gain de poids de la portée.
L’intérêt d’un apport supplémentaire ne se limite donc pas nécessairement à produire davantage. Il peut aussi contribuer à préserver l’état corporel de la truie, un enjeu important pour sa longévité et ses performances reproductives futures.
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Vers une alimentation plus individualisée
C’est probablement le principal enseignement de ces travaux : une seule courbe d’alimentation ne peut pas répondre aux besoins de toutes les truies.
La conclusion présentée par Thomas Sønderby Bruun oriente vers des stratégies nutritionnelles plus individualisées, avec notamment :
• des rations distinctes en début de gestation ;
• des rations spécifiques pendant la période de transition ;
• des courbes d’alimentation plus stables pendant la gestation ;
• des rations de récupération ciblées après des pertes importantes en lactation.
C’est précisément dans cette logique que l’alimentation de précision prend tout son sens : ne plus raisonner uniquement avec une ration standard appliquée à l’ensemble du troupeau, mais chercher à adapter la stratégie alimentaire aux besoins de la truie et à son stade physiologique.
Avec l’hyperprolificité, la précision devient un véritable enjeu d’élevage
La progression de la prolificité change les priorités. La question n’est plus seulement : « Comment obtenir davantage de porcelets ? » Elle devient aussi : « Comment accompagner efficacement la truie qui porte, met bas et allaite ces portées plus importantes ? »
Les résultats présentés au GESTAL Swine Summit montrent ainsi l’intérêt de stratégies alimentaires plus précises et plus individualisées, afin de rechercher un meilleur équilibre entre production, état corporel, récupération, longévité de la truie et survie des porcelets. Une évolution qui replace la gestion de l’alimentation au cœur des performances de l’élevage.
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